• Adapter ses types d’ordres à la volatilité du marché : choisir la méthode appropriée en pratique

  • 29/11/2025

Comprendre la volatilité : un enjeu central pour le choix des ordres

Quel que soit le style de trading adopté, la volatilité s’impose comme un facteur structurant dans la gestion de ses ordres. D’après la Bank for International Settlements, la volatilité implicite sur certains indices comme le VIX (couvrant l’indice S&P 500) a connu des pics significatifs, dépassant parfois 80 en mars 2020, contre une moyenne historique autour de 19–20. Un marché volatile démultiplie les risques d’exécution à des prix défavorables, amplifie la nécessité de discipline et interroge sur le type d’ordre à privilégier. L’objectif est clair : éviter les erreurs coûteuses liées à la nature même de l’ordre placé.

Ordres au marché : flexibilité, mais attention aux dérapages en période de forte volatilité

L’ordre au marché est le plus direct : l’exécution est immédiate, au premier prix disponible. Il sera donc exécuté quelle que soit la violence des mouvements en cours. Cela présente plusieurs avantages, mais aussi des travers majeurs selon le contexte :

  • Rapidité d’exécution : en cas de publication de nouvelle ou de cassure déterminante, l’ordre au marché garantit l’entrée ou la sortie du trade sans décalage — utile en day trading sur valeurs liquides.
  • Exposition au slippage : en cas de volatilité importante, le prix d’exécution peut évoluer violemment entre la transmission et le traitement de l’ordre. D’après une étude de Nasdaq, le slippage peut représenter plus de 0,5 % sur les publications majeures, parfois jusqu’à 1 % dans de rares cas sur le Forex lors de mouvements non-liquides.
  • Manque de maîtrise sur le prix final : dans un graphique à forte amplitude, la différence entre le cours théorique et le prix réel d’exécution peut devenir significative, générant des pertes non anticipées.

À privilégier donc lors de conditions de marché calmes ou sur des actifs à très forte liquidité. À manier avec précaution en contexte de volatilité extrême.

Ordres limités : contrôle du prix, mais risque de non-exécution dans les pics de volatilité

L’ordre limité permet d’acheter ou vendre uniquement à un niveau de prix déterminé, ou meilleur. Les avantages sont évidents et répondent à plusieurs problématiques de volatilité :

  • La maîtrise du prix : l’ordre ne sera exécuté que si le marché atteint ou améliore le prix demandé — capital en swing trading où la gestion des niveaux techniques prime sur la rapidité.
  • Risque de non-exécution : dans un marché très volatil, le prix peut être atteint et retraversé sans que l’ordre soit rempli si la liquidité n’est plus suffisante, notamment pendant les « gaps » d’ouverture. Ce phénomène a été mis en évidence notamment lors du « flash crash » du 6 mai 2010 où de nombreux ordres limités n’ont pas été honorés.

Cet outil est stratégique pour ceux qui cherchent à rentrer/sortir sur des niveaux précis — à condition de surveiller l’état du carnet d’ordres, qui peut devenir hétérogène ou vide lors d’annonces inattendues.

Ordres stop et stop-limit : nécessaire pour la discipline, essentiels en volatilité extrême

La gestion des risques passe en partie par les ordres stop. Mais leur comportement change selon la volatilité.

Ordres stop (stop loss, stop d’entrée)

  • Ordre stop : devient un ordre au marché une fois le niveau de déclenchement atteint. Si le marché est turbulent, le même problème qu’avec l’ordre au marché peut survenir : exécution « dégradée » loin du prix désiré. Par exemple, lors du décrochage du franc suisse en janvier 2015, les stops non garantis sur le Forex ont été très largement exécutés avec glissement (slippage), parfois de plusieurs centaines de pips.
  • Atout : automatiser la sortie, éviter les revirements émotionnels.
  • Risque : slippage en cas de gap ou de flux irrégulier.

Ordres stop-limit

  • Fonctionnement : une fois le prix stop activé, l’ordre devient limité à une fourchette de prix fixée à l’avance. Cela protège du slippage massif.
  • Risque : le marché peut ne jamais passer dans la fourchette définie, laissant la position ouverte en pleine tempête — typiquement dangereux lors des annonces inattendues ou de marchés illiquides.

La Federal Reserve Bank of New York pointait en 2019 que plus de 45 % des ordres exécutés pendant les annonces économiques majeures aux USA présentaient un slippage de plusieurs ticks.

Ordres OCO (One Cancels Other) et ordres bracket : liberté et discipline durant les oscillations fortes

En période de volatilité élevée, la discipline d’exécution passe aussi par des structures d’ordres combinés :

  • OCO (One Cancels Other) : combinaison d’un ordre limit et d’un ordre stop : lorsqu’un est exécuté, l’autre est annulé automatiquement. Idéal à l’approche d’un support/résistance clé — évite l’accumulation de trades contradictoires quand le marché bascule rapidement.
  • Ordres bracket : souvent utilisés par les traders systématiques : un ordre d’entrée est accompagné simultanément d’un take profit et d’un stop loss. Cela permet à la fois d’enclencher une stratégie strictement cadrée et de limiter l’exposition émotionnelle durant des phases de volatilité imprévisible.

Selon CME Group, l’usage des brackets a augmenté de 67 % entre 2020 et 2023 sur leurs contrats à terme, signe d’un besoin croissant d’encadrement dans un environnement jugé plus incertain.

Impact de la volatilité sur la profondeur de marché et le choix des ordres

Certains marchés deviennent temporairement « creux » (liquidité inférieure à la normale) lors de pics de volatilité, faussant la transmission des ordres. Illustration : sur le Nasdaq, lors du rapport sur l’inflation américaine d’octobre 2022, la profondeur des cinq premiers niveaux de prix a chuté de plus de 60 % en quelques secondes (source : CNBC). La conséquence : il devient difficile ou coûteux d’être exécuté à bon compte, y compris avec un ordre limité. Cela doit inciter à réduire la taille de ses ordres, fractionner ses entrées, et privilégier (parfois) l’attente plutôt que la précipitation. Une stratégie documentée chez les traders professionnels institutionnels (cf. Goldman Sachs Trading Handbook).

Cas concrets : quelle stratégie pour chaque environnement ?

1. Marché calme (volatilité faible, faible impact news)

  • Ordres au marché possibles sur valeurs liquides.
  • Ordres limités pour optimisations sur des niveaux techniques.
  • Stops proches, peu de slippage attendu.

2. Marché modérément volatil (publications économiques planifiées, début de mouvement tendance)

  • Privilégier ordres limités pour l’entrée.
  • Utiliser stop-limit pour cadrer le risque sur les stops.
  • Ordres bracket : entrée, stop, take-profit (exécution combinée, discipline renforcée).

3. Marché très volatil (annonce surprise, gap, marché illiquide temporairement)

  • Éviter dans l’idéal l’ordre au marché sur taille importante
  • Fractionner les positions sur plusieurs niveaux
  • Préférer l’attente, le temps que la liquidité revienne
  • OCO sur supports/résistances majeurs, pour profiter d'un rebond ou d'une cassure
  • Limiter la taille des stops (pas de stop trop serré : forte chance d’exécution « violente » hors des niveaux prévus)

Erreurs courantes et discipline face à la volatilité

Plus la volatilité s'accroît, plus les erreurs de gestion d’ordres coûtent cher. Certains pièges classiques à surveiller :

  • Placer un ordre au marché dans la première seconde de publication d’une statistique majeure : le marché saute de plusieurs ticks, on est exécuté bien plus loin que prévu, la stratégie initiale perd son sens.
  • Ordre limité trop ambitieux sur valeur peu liquide : il ne sera jamais exécuté, ou bien seulement lors de mouvements extrêmes ou erratiques.
  • Absence de stop loss / utilisation d’ordre stop sans garantie : expose à des gaps importants, position non protégée.
  • Ordres simultanés contradictoires sans gestion OCO : expose à des engagements multiples, difficilement contrôlables dans la tempête.

Adopter une routine de vérification (taille de la position, profondeur du carnet, timing des annonces) permet de réduire substantiellement le risque opérationnel.

Points clés à retenir pour ajuster ses ordres à la volatilité

  • En volatilité faible : simplicité possible (ordres au marché, stops classiques).
  • En volatilité modérée : ordres limités, stop-limit et brackets pour encadrer la gestion d’ordre et le risque prix.
  • En volatilité extrême : réduire la taille, fractionner les ordres, faire preuve de patience et privilégier les structures combinées (OCO, bracket).
  • Surveiller la profondeur de marché avant de transmettre un ordre : un ordre parfait sur le papier peut être dégradé si la liquidité s’évapore.
  • Ne jamais négliger l’importance du money management quand la discipline technique (via le type d’ordre choisi) ne suffit plus.

Adapter son type d’ordre à la volatilité permet non seulement de mieux contrôler son risque, mais aussi de rester cohérent avec la stratégie initiale. Cette rigueur d’exécution est, au fil du temps, l’un des meilleurs facteurs de survie et d’évolution dans l’univers du trading.

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