Critiques sur l’ebook « Sell in May, Buy in October' »

Bonjour à tous

 

J’ai reçu un email qui m’a interpellé.

Il concerne une critique de l’ebook que je mets à disposition de tous : « Sell in May, Buy in October » :

 

Avec la permission de mon interlocuteur, et en respectant son anonymat, je vous expose son message.

Après, je vous livrerai une ou deux réflexions.

 

Voici son message :

 

Bonjour Marc,

J’ai lu le pdf de « Sell in may buy in october ». Il y a de sérieux problèmes qui invalident complètement le backtest. Voici mes remarques pour refaire l’étude :

1) l’ordre d’achat ou de vente est de « 1 share » au lieu d’être à montant constant

2) le graphique du cours de référence doit être en échelle logarithmique

3) comparer avec « ne rien faire » pour constater la performance

4) faire un backtest par mois isolément

5) faire un backtest comparatif de divers indices

6) prendre en compte des frais

En pièce jointe, j’ai refait les calculs à la main. Je ne savais pas trop s’il fallait prendre le cours d’ouverture ou le cours de clôture. Il faudrait prendre le cours d’ouverture car il est plus facile de faire la transaction au cours d’ouverture qu’au cours de clôture. Mais de toutes façons, les variations sont minimes (j’ai essayé les deux) ! En prenant une seule action je retrouve bien les résultats de votre code. Que le taux annuel soit calculé à partir d’un backtest avec ou sans réinvestissement, on trouve par les deux méthodes un profit annuel d’environ 11% pour la stratégie achat octobre (revente en mai). Le résultat est similaire mais pas mathématiquement identique. C’est normal : si on prend par exemple une année à 10% de hausse et une à 20%, la moyenne est à 15%. Avec réinvestissement ça donne 1.1×1.2=1.32. 32% de hausse sur 2 ans, ça fait 14.9% en annualisé, l’écart est minime avec les 15% de la moyenne. Sur mon document, les intitulés ne sont pas super clairs, c’est plus un document de travail pour moi.

1) Le but de ce backtest est de tester ce que deviennent 10k€. Pour cela, il faut chaque année investir 10k€ dans le trade.

Le test qui est fait là n’a aucun sens : en 1990 on va acheter pour 1500€, en 2006 on va acheter pour 5200€. Les 10k€ du compte n’apparaissent jamais !

Il y a pire : pour un indice comme le nikkei, lorsqu’il vaut plus de 20000, le test considère donc que l’on achète pour 20000€, soit plus que le solde du compte.

Dans ces conditions, impossible de comparer la performance de la stratégie sur différents indices puisque sur certains indices comme le S&P quelques centaines d’euros sont investis seulement à la prise du trade, alors que sur d’autres indices on va prendre certains trades à plus de de 20k€.

Dans le cas de ce test, il faut prendre chaque année un trade pour 10k€, regarder le gain. Ensuite, on peut facilement observer le gain le plus élevé, la perte la plus élevée, avoir le gain moyen, le nombre de pertes consécutives.

2) La valeur de l’indice varie fortement puisque la période est très longue. Pour voir la progression de l’indice, il faut donc une échelle logarithmique.

Par exemple, lorsque le CAC40 vaut 1000 en 1987, 1% de variation c’est 10 points. Par contre, lorsqu’il vaut 5000, 1% de variation c’est 50 points. Il est important que 1% de variation soit toujours représenté par la même hauteur sur le graphique : c’est ce que permet justement l’échelle logarithmique.

On peut aussi le formuler autrement : le graphique du CAC40 est gradué tous les 1000 points. Pour monter d’une graduation lorsqu’il vaut 1000 points, il faut une hausse de 100%. Par contre, pour monter d’une graduation lorsqu’il vaut 5000 points, il suffit d’une hausse de 20%. Cela explique que la courbe est très plate au début et très agitée à la fin. On a le phénomène qui est très marqué sur le S&P, le DAX, le DOW, le NASDAQ. Pour l’investisseur, 1% de variation d’un indice, c’est 1% de variation, peu importe que ce soit un indice à 500 points ou à 22000 points.

À l’opposé, le graphique d’évolution du portefeuille doit être en échelle linéaire parce que le test que nous faisons ici est un test en investissement constant. On veut observer la régularité des gains. Il faudrait une échelle logarithmique si on faisait un test avec réinvestissement des gains.

3) Pour juger de la performance d’une stratégie, il me semble intéressant de comparer avec le fait de ne rien faire.

Par exemple, on peut se dire « le graphique de la page 8 montre que l’on gagne 9187€ ». Donc, grâce à cette stratégie on double le capital. Au premier abord ça peut sembler bien, mais si on y regarde de plus près, c’est ridicule. Si on regarde le gain annualisé, il est ridiculement faible. On peut aussi se dire que si au lieu d’appliquer la stratégie on avait simplement acheté au début de la période de backtest, le capital serait à x5. Le lecteur se demande alors quel peut bien être l’intérêt d’une telle stratégie. Pourquoi faire tous ces aller-retours alors que l’on a bien mieux en ne touchant rien ? La réponse se trouve dans la capitalisation implicite lorsque l’on reste en position puisque si l’indice double le capital en jeu double. Mais tout cela, il faut l’expliquer :

– soit en montrant ce que donne l’évolution du capital en réinvestissant les gains

– soit en prenant comme stratégie de référence une stratégie qui achète pour 10k€ le premier janvier et qui vend au 31 décembre (tous les ans). Cette stratégie sert alors d’étalon.

4) On constate que s’est souvent haussier de octobre à mai, mais une observation plus fine serait intéressante. Ce que je propose, c’est de faire un backtest pour chacun des 12 mois. Ça permettra de voir :

– quels sont les mois franchement gagnants,

– quels sont les mois franchement perdants (qu’il faut jouer en short),

– quels sont les mois assez neutres (pas besoin d’immobiliser l’argent)

Les 12 courbes sont intéressantes pour voir la régularité.

Dans un deuxième temps, on peut envisager d’étudier les mois neutres en conditionnel, on en parlera plus tard.

5) En rapportant la performance de la stratégie à une performance annuelle, on peut comparer la performance de la stratégie sur différents indices (puisque les historiques n’ont pas tous la même longueur).
Comme le test est fait sans réinvestissement, il suffit de prendre le gain final (montant final – montant initial) et de le diviser par le nombre d’années. Enfin on regarde quel est le gain en % que cela représente par rapport aux 10k€ misés.

6) Pour finir, les backtests devraient prendre en compte une commission proportionnelle par ordre. Sur cette stratégie avec très peu d’ordres par mois l’impact sera faible, mais sur d’autres stratégies qui génèrent trop de transactions, ces frais peuvent détruire complètement les gains (je propose 0.04% de frais par transaction). Pour pouvoir comparer les stratégies, il faut qu’elles soient testées avec la même méthodologie. Par contre, il n’est pas nécessaire de prendre en compte les impôts puisqu’ils n’ont pas d’impact sur la comparaison des stratégies.

Sur mes graphiques, on voit que la stratégie d’achat en octobre est très rarement perdante (barres bleues), par contre la stratégie de vente à découvert en mai est globalement gagnante mais souvent perdante (barres rouges).
J’ai mis un graphique en échelle logarithmique pour voir la régularité de la stratégie d’achat en octobre (sur un tel graphique, la régularité est une droite).

Je suis volontaire pour faire une relecture du document avant publication si vous le souhaitez. Éventuellement vous pouvez reprendre mes explications sur certains points et me mettre coauteur. Si vous avez une autre suggestion, n’hésitez pas à m’en faire part.

Cordialement,

P.

 

 

 

Voici quelques réflexions personnelles :

 

Il est bien de constater que quelques personnes exercent leur esprit crique à étudier ce que d’autres. Et ce dans un but mutuellement profitable.

Je suis ouvert aux critiques, dans un but constructif. Mais je vais apporter quelques précisions.

 

Je vais être honnête avec tout le monde : je ne pense pas pouvoir prendre le temps de travailler sur toutes ces demandes, bien que pertinentes. Comptez que je reçois parfois plusieurs emails similaires par jour, à ceci s’ajoute mon travail : médecin en cabinet libéral + consultations à la crèche + médecin contrôleur + maître de stage des universités… et vous aurez une idée du temps qu’il me reste !

 

Vous comprendrez donc aisément que je n’ai pas envie de passer plusieurs heures à réécrire cet ebook. Si on doit chercher la petite bête, il faudrait que je réécrive de la même façon tous mes ebooks, j’en aurais pour deux années à temps plein…

De plus, je pense que cet ebook est tout de même abouti, je vous le montre de suite.

Cependant, je vais quand même apporter juste un ou deux petits éléments de réponse, sans entrer dans les détails.

 

Point n°1 :

Pour simplifier le backtest, j’ai en effet considéré qu’il s’appliquait sur le CFD.
En effet, si vous effectuez le backtest à une mise constante (par exemple 10.000 €), vous vous heurtez à 2 problèmes :

  • Vous considérez que l’indice se comporte comme une action, vous en achetez une certaine quantité. Or, il s’agit d’un indice et non d’une action, on ne peut pas acheter directement un indice. On achète un produit dérivé : CFD, tracker, etc.
  • De toute façon, vous ne pourrez pas acheter un montant fixe, par exemple 10.000 €.
    En effet, si par exemple le CAC40 est à une valeur de 4000 points, il faudrait en acheter 2,5 (pour faire un total de 10.000 €, à un euro le point de CAC40).
    Tout comme une action, on ne pourrait donc en acheter que 2, il resterait donc 2.000 € en suspens. Et si par exemple le CAC40 baissait à 3000 points, on en achèterait 3, il resterait 1.000 € en suspens.

 

Concernant le Nikkei : 

Je pense que notre ami lecteur n’a pas compris le principe des CFD. Vous pouvez très bien acheter des CFD sur le Nikkei, même si vous avez 10.000 euros en compte et que le Nikkei est à 20.000 points : ça n’a rien à voir.

Il y a bien des gens qui tardent le DAX (à plus de 10.000 points) avec un compte de 500 euros…

Sans vouloir offenser notre lecteur, je pense qu’il lui manque des éléments pour raisonner correctement, il n’a sans doute pas bien compris le fonctionnement des CFD.

 

Point n°2 :

Pas de backtest possible en échelle logarithmique

 

Point n°3 :

Vous pouvez très bien tester le « buy and hold ».

Mais ProRealTime ne prend pas en compte les dividendes sur le CAC40, lorsqu’on backteste ce dernier : c’est juste la valeur de l’indice.
Donc de toute façon votre backtest serait erroné.

 

Points n° 4 et 5 :

Libre à chacun de réaliser ces backtests, c’est pourquoi j’ai mis le code dans l’ebook, un code que j’ai volontairement simplifié au maximum.

 

Point n° 6 :

Il est facile de rajouter le spread. Pour le calcul des frais (notamment la détention overnight des CFD), à mon humble avis cela ne peut pas être backtesté.

 

De toute façon :

Mon but n’a jamais été de livrer un backtest ultra précis, mais de démontrer une idée générale, et de vérifier l’adage : « Sell in May, Buy in October ».

Il est évident qu’on ne va pas appliquer la stratégie à la lettre : on ne va pas explicitement acheter du CAC40 début octobre.

 

L’intérêt de cet ebook est surtout de : 
  • montrer qu’il existe des cycles annuels de marché 
  • montrer qu’on peut en profiter
  • montrer qu’octobre est sans doute un bon moment pour acheter un panier d’actions
  • monter qu’on peut vérifier par un backtest facile le bien-fondé de cette hypothèse
  • donner un code ProRealTime simple, que chacun peut modifier ou tester à sa guise, avec d’éventuelles modifications

 

Bonne semaine à toutes et à tous,

 

 

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